Dialectique au XIVe siècle


Dialectique au XIVe siècle
Dialectique au XIVe siècle
    Le XIVe siècle mérite, plus encore que le XIIIe, d’être appelé le siècle de la dialectique. L’exposition doctrinale, accompagnée de démonstration, recule de plus en plus devant la question qui met aux prises un demandant et un répondant. Tout exercice de l’esprit qui n’est pas le recueillement mystique est une joute ; « la démonstration, procédant seulement de la vérité, ne prouve qu’une partie ; aussi on ne propose pas de discussions démonstratives entre un opposant et un répondant ; le discuteur, c’est proprement le dialecticien qui prouve l’une et l’autre partie, en s’appuyant sur des propositions probables, vraies ou fausses ». Aussi on s’habitue à considérer comme le champ naturel et presque unique de la philosophie l’opinion probable. La logique est alors considérée moins comme une science spéculative que comme un arsenal contenant les moyens d’argumenter. On utilise beaucoup alors des abrégés de logique écrits au milieu du XIIIe siècle ; celui de Guillaume de Shyreswood néglige les Analytiques pour les Topiques, celui de Lambert d’Auxerre appelle le syllogisme argumentatio dialectica. Le plus répandu est celui de Pierre d’Espagne, qui annonce son intention de ne s’occuper que de preuves probables ; et l’on ajoute à son manuel un Ars obligatoria qui détermine les règles de la dispute.
    L’on n’arrive donc qu’à des opinions : il est vrai que, d’après Grégoire de Rimini, l’opinion pourra devenir science par accumulation d’arguments probables ; mais d’autres, comme Jean Baconthorp, reconnaissent que la science est une limite jamais atteinte. Dans ces conditions, on fait passer dans les probables bien des propositions considérées jusqu’ici comme certaines, en particulier les propositions théologiques ; et aussi on peut présenter comme très probables des propositions contraires à la théologie, telles que l’éternité du monde, avec cette réserve que ces propositions sont fausses, puisqu’elles sont contraires à la foi ; aussi inversement peut-il arriver, selon Jean de Mirecourt, que « tel article de foi paraisse faux à qui ne considère que la lumière naturelle ». Il n’y a aucune correspondance entre le degré de probabilité et le degré de vérité. Déjà saint Thomas se plaignait que, sous prétexte de « réciter » les théories subversives pour les combattre, on argumentât trop en leur faveur. Au XIVe siècle, on trouve un moyen d’introduire, « en vue de la discussion », des thèses que l’on approuve secrètement, mais que l’on est d’ailleurs prêt à révoquer : la limite du pouvoir des papes chez Guillaume d’Occam, Dieu auteur du péché chez Buckingham, la négation de l’existence des accidents chez Nicolas d’Autrecourt, telles sont les thèses que, avec une « ruse de renard », l’on se permet de soutenir ainsi.

Philosophie du Moyen Age. . 1949.

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